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June 22

mes contrées vertes


J'ai écrit mes contrées  bleues.

Les toiles de Joëlle m’entraînent vers ce tendre, je cavale et mon cœur bat la chamade entre ses falaises rouges et roses, tout ce bleu de bonheur que me tendent ses couteaux.


Et lui près de moi, ce terrible et si doux emballement, quelque chose d’inéprouvé jusque là.

Alors j’écrirai mes contrées vertes et fleuries, ces sentiers abritées aux branches lourdes de feuilles et de fruits.


J’écrirai sur la nue la fraîcheur d’une éclosion sans pareille.

J’écrirai le monde sur un  battement de cil.

J’écrirai l’aube sur les crêtes d’un soir.

La fleur qui jaillit, l’ancolie bleue de joie.

J’écrirai le chavirement d’un printemps qui explose et les montagnes blanches qui ombrent les ravins.


J’écrirai le pourquoi on marche et le qu’est-ce que l’on quitte en partant.



Je le lui murmurerai sur du papier parfumé de mûres et de violettes,

et le vent en gardera la trace éphémère, un frétillement d’ailes de papillon.





May 23

la parole de l'autre.

Denis Vasse  parle dans son dernier chapitre de la naissance de la parole.

Il dit : « la soif d’air qui fait crier le nouveau fait expirer le mourant. Deux cris, le premier de saisissement, le second de dessaisissement témoignent d’un unique désir. »

Deux cris et entre eux d’autres cris, comme celui qui pousse en moi quand on me conseille, voire m’incite à ce que je dois faire. C’est comme une menace paternelle, c’est enfoncer des clous dans ma caboche rebelle, mais entendre ce cri, c’est m’entendre, si j’en suis capable la parole vient, si je n’en suis pas capable, le silence s’installe. Il peut s’installer durablement, puisque pendant plus de 20 ans je n’ai fait qu’étouffer mes cris qui sont devenus au fil des ans, une chape de plomb immonde posée sur mon ventre.

« évoquer le courage de sa peur, c’est évidemment faire le chemin qui conduit à réaliser la menace. Et qu’est-ce que la menace suprême de l’homme ? N’est-ce pas plutôt de mourir sans avoir pris le risque de vivre en homme, c'est-à-dire sans avoir été introduit dans la problématique du désir ? N’est-ce pas de vivre sans s’être risqué –ou avoir été risqué- dans la parole au milieu des pulsions qui l’agitent et le sollicitent de tous côtés ? Le risque premier et dernier pour l’homme est le risque assuré au milieu des signifiants pulsionnels auxquels il s’est subordonné, de s’en remettre à la parole de l’Autre en tant qu’elle est promesse »

Alors voilà ce qui m’agite.

La colère en moi d’avoir entendu, à la place de la parole en tant que promesse, une parole qui enferme dans un carcan qui ne peut que m’étouffer dans mes désirs propres.

La souffrance d’avoir entendu les mots de toujours, ceux qui m’ont toujours fait renoncer à mes désirs pour satisfaire les désirs de l’autre ou sa volonté.

La chape de plomb revenue, il me restait à chercher quelle parole avait perturbé la promesse.

« là où il y a promesse, il y a attente d’un devenir, là où il y a attente il y a danger et menace de ne pas voir la promesse se réaliser ».

C’est ainsi qu’on souffre, cette promesse qui vacille en soi.

 

J’ai entendu « c’est toi qui vois ».

A propos des enfants.

« C’est toi qui vois » me disait mon époux après une leçon en cinq ou si points du pourquoi j’avais tort de faire ce choix. Et moi de me ratatiner, d’accepter son point de vue pour éviter les suites douloureuses.

Quand j’ai voulu passer un concours plus difficile, j’étais enceinte du dernier, mais je m’étais inscrite aux 6 semaines de formation afin d’assurer un maximum les connaissances. Devant les deux garçons, au repas, il s’est mis à me dire que j’avais passé le premier sans avoir besoin de formation, j’étais capable de faire de même aujourd’hui. Avec deux petits et mon travail et celui de la maison que j’assumais seule depuis qu’il travaillait en entreprise ? J’ai argumenté, je savais pertinemment que je ne réussirais jamais sans cette formation, et je savais que lui voulait éviter d’assumer seul la famille pendant mes absences. Comme il poursuivait en critiquant de plus en plus ces stages, je me suis tue. J’avais déjà une bonne expérience de ces silences.

« c’est toi qui vois ».

Alors j’ai renoncé, la chape sur le ventre, avec l’enfant dedans.

La promesse n’était plus tenue depuis longtemps.

 

Alors l’autre soir, « c’est toi qui vois ».

Pour les enfants, bien sûr. Mais derrière ce « c’est toi qui vois », c’est celui qui le dit qui a raison.

Sans doute, sans doute.

Je sais bien que mes enfants n’ont pas besoin de moi, inutile de me décrire la situation de long en large et en travers. Mais je suis là quand ils viennent, et chez moi, ils sont aussi chez eux. Comme un refuge.

Je sais aussi, non pas que je suis une mère indigne, mais que je n’ai pas réussi à en faire des adultes à peu près sereins. Je portais trop de tristesse pour qu’elle leur échappe.

« c’est toi qui vois ».

La petite phrase de trop qui achoppe et envahit tout le reste sans qu’elle se montre, la garce, il m’a fallu la retrouver et l’écouter en moi, cette résonance raisonneuse.

Il n’y avait pas de quoi en faire des larmes. Sauf que quelque part je me méfie, comme le dit Vasse, car il y a menace que la promesse ne soit pas tenue.



     





April 25

oser la rencontre.

Dans le poids du réel, Denis Vasse écrit: «  la méprise : j’ai voulu me tromper sans vouloir tromper consciemment, sans mentir, la méprise est un mensonge inconscient.

Le mépris trouve son ressort dans un jugement de valeur qui flirte avec le définitif. Jugement de valeur qui passe par un jugement d’existence. Le mépris est une méprise qui veut s’ignorer. »

La méprise devenue mépris est un refus de la parole. »

Méprise/mépris, ce jeu sur le mot de même origine. Je n’ai rien de particulier à en tirer, je ne méprise pas, ou cela m’est arrivé si peu, j’ai toujours cherché le pourquoi d’une erreur de jugement, et j’ai constaté que ce que je pouvais penser comme vrai ne l’était qu’à l’aune de ma propre dimension, avec la souffrance qui va avec.

Je n’ai jamais méprisé les hommes qui m’ont accompagnée, même si j’ai eu d’immenses colères, ces colères n’étaient que souffrances exprimées, mes insatisfactions, et mon enfermement dans la méprise de l’autre, dans son mépris. C’est ainsi que je ressentais les remarques de mon ex-époux ou de mon père avant lui. Je n’existais pas comme être intelligent, mais comme gourde patentée. Alors le mépris je l’ai plus ressenti que donné. Même envers mes élèves, qui hélas ! ne sont pas tous très dotés intellectuellement, j’ai toujours privilégié leurs autres talents, talents que je n’ai pas forcément. Par contre quand ils se comportent comme méprisant envers un autre, je sais que leur erreur ils sont incapables de la comprendre, ils n’ont guère d’outils pour cela, et n’ont guère de parole.

« porter la parole à l’origine du sujet témoigne de l’Autre, du langage et de la brisure de l’imaginaire.

Que le sujet parle, voila qui le sépare toujours de lui-même, de son image (son moi) voilà qui nous fait revenir à la fonction créatrice de la parole en tant qu’elle déloge l’homme de sa propre image et l’autorise à la rencontre en le délivrant de lui-même » (Vasse)

La parole est toujours séparation de l’image de soi puisqu’elle va vers l’autre et que de l’autre une nouvelle résonance est accueillie. Quand je deviens muette, c’est un mur épais qui se dresse, je ne peux trouver les mots pour moi-même, je suis aussi muette dans ma tête comme si j’étais soudain envahie par des briques et que brique après brique, les lèvres étaient cousues. Et les découdre signifie que l’Autre est là, attentif.

« A vrai dire on n’a pas à se demander quelle est cette rencontre. Elle est la rencontre, la seule issue, la seule aventure hors de soi vers l’imprévisiblement autre sans espoir de retour » écrit Derrida.

  On n’a pas à se demander. Et c’est cette aventure qui nous meut, une rencontre c’est toujours une peur. Que va-t-elle révéler ? Weil écrit « il faut avoir le courage de sa peur ».

J’ai des rencontres réussies, celle de Claire, il n’y avait aucun risque, aucune peur, parce que Claire et moi, cette rencontre d’amour ou d’amitié comme on voudra, était sans danger. Elle porte un prénom qui la définit : pas de quant à soi, de repli, de minauderies entre nous. Tout est dit, même dans ce qui n’est pas dit. Un regard, un sourire, une larme. Peut-être ai-je de la chance. Peu connaisse cette connivence.

Celle de cet autre ami aussi qui m’a donné l’espoir d’être entendue, m’a entendue quelquefois, m’a surtout encouragée à exprimer ce qui me tenait les tripes et m’a rendue à ma sensibilité, parce que j’avais été obligée de la tenir en laisse, bien enfouie. Il m’a écoutée. Ce fut le premier à qui j’ai parlé des mains de mon père. Ces mains que j’avais oubliées dans un coin du mur de ma mémoire. Il m’en a fallu du temps pour les faire jaillir.


Avec lui, j’ai peur encore.

Mais la rencontre est forte. Sur l'autre rive, son regard. Qui ouvre, qui m’ouvre.

Le courage de sa peur, c’est accepter que la rencontre se réalise.

Il peut venir, je l’ai ce courage, je prends ce risque.

Ce désir d’être avec lui, sa main sur mon ventre, ses mots dans le creux de moi, son regard qui scrute, qui cherche et qui accepte aussi le risque. 

« Tant que l’homme souffre, il peut faire son chemin dans le monde » Freud.

Léo Ferré
   


February 07

Sur le bord de mon corps.


Je voudrais rêver un peu sur le bord de mon corps, comme une caresse lente qui ne viendrait pas parce que suspendue à je ne sais quel mystère.

Entendre dans le profond de ces tremblements de mon ventre les mots indicibles ou égarés qui crient dans les champs défaits par la violence d’un vent qui se nomme désir…

Peut-on parler sur le bord de son corps ? Cette limite de la peau alors qu’une si vaste mer occupe l’infini de nos sensations émergentes ?

Cet état qu’on appelle amoureux, ce choc dont certains tentent d’expliquer la chimie, ce remuement terrible qui met en danger, ces deux qui sont soudain l’Autre pour l’Un, cette unicité qui se perd pour se fondre ou ce dépouillement de ce qui nous meut seul, cette pulsion de chair à chair et de chair dans la chair de tout ce qui devient idée, réflexion, pensée et qui pousse vers la connaissance, la reconnaissance d’un autre en soi, tout cela nous propulse dans le grand chambardement qu’est la vie, tout s’affine, tout s’agite, tout devient des possibles, tout fait obstacle au renoncement. C’est une respiration qui s’entend à deux, la même pour deux mais multipliée par ce double souffle, c’est l’aube mariée au jour et à la nuit unis, enfin.

Je m’en sors avec une métaphore… mais je n’ai pas d’autre issue que ces rapprochements qui en expliquent bien plus que des milliers de mots agrégés et académiques, et qui ne seraient que décorticage consciencieux d’un fragile état de grâce tout en opposition avec ce monde cérébral qu’on encense sans cesse étouffant ainsi et le corps et l’ému dans le corps.

Je repense alors à la phrase proustienne qui sait raconter au plus près cette sensation indicible que procure une phrase musicale :

« Mais à un moment donné, sans pouvoir nettement distinguer un contour, donner un nom à ce qui lui plaisait, charmé tout d’un coup, il avait cherché à recueillir la phrase ou l’harmonie— il ne savait lui-même— qui passait et qui lui avait ouvert plus largement l’âme, comme certaines odeurs de roses circulant dans l’air humide du soir ont la propriété de dilater nos narines. »

Ou encore :

Et tout d’un coup au point où elle était arrivée et d’où il se préparait à la suivre, après une pause d’un instant, brusquement elle changeait de direction et d’un mouvement nouveau, plus rapide, menu, mélancolique, incessant et doux, elle l’entraînait avec elle vers des perspectives inconnues. Puis elle disparut. Il souhaita passionnément la revoir une troisième fois.


On peut remplacer la petite sonate par la vague qui submerge quand la rencontre sonne harmonieusement.


  
Léo ferré _ Je t'aime
envoyé par bisonravi1987




January 30

cette tristesse.


Cette tristesse.

Elle m’occupe un peu plus aujourd’hui.

Ce n’est pas de la douleur, c’est juste des réminiscences de l’enfance, Bérénice*. Laurine aussi, toute cette souffrance des petits qui savent pourtant mieux que les grands rester dans la vitalité et la joie, l’accepter comme faisant partie d’eux-mêmes. Tous ces enfants qui hurlent au Zimbabwe aussi, et ailleurs. Mon ami me dit 90% des petits des animaux sont là pour être mangés et qui s’en soucie ?

Moi.

Cette tristesse.

Des espèces face à la souffrance et non pas face à la mort, car la mort ne m’émeut pas. Elle est nécessaire, elle est soulagement définitif.

Vivre, pourquoi ? Une fleur au bout d’une tige, sa beauté, et soudain elle est passée.

Vivre juste pour cet épanouissement éphémère.

Alors je n'ai aucune raison d'être triste, mon passage éphémère ne vaut pas plus que celui de Bérénice.

C’est la souffrance qui me touche, Montaigne ou La Fontaine ne se sont guère occupés de leur progéniture, la paternité n’existait pas, ils ne pleuraient jamais le nouveau-né disparu si vite parce que l’époque était ainsi faite de mortalité quotidienne, les faibles n’avaient pas de place ni en eux, ni ailleurs, c’est pourquoi on a inventé les limbes pour les angelots, se rassurer, se raccrocher à des étoiles possibles, à des tombeaux pour les poussières d’étoiles.

La maternité est aussi un concept moderne, une femme occupée à donner naissance à de nombreux enfants ne pouvait pleurer la mort d’un de ses petits malgré les neuf mois qu’il faut pour donner la vie, c’est long neuf mois quand on s’écoute, qu’on écoute en nous le double cœur. Ce n’était pas long avant, on ne s’en souciait guère, le travail se poursuivait aux champs, dans les usines, dans la misère.

J’ai lu Mirbeau, "la folle" recueil de nouvelles, et dans la folle : l’enfant. L’infanticide fréquent et nécessaire.

On tuait les enfants comme les chatons ou les chiots ou les agneaux. La vie n’avait pas l’importance qu’on lui accorde dans nos pays bouffis de richesses.

Cet état de fait est actuel dans de nombreux pays encore. Mais pas dans toutes les sociétés. Les enfants pouvaient être les bienvenus dans les tribus amérindiennes, On respectait leur venue, ils étaient la force d’un peuple, son avenir.

Ce n’est pas la mort qui m’occupe, mais cette souffrance que Vasse* invite dans nos vies, comme si nous n’étions que ce chemin vers la fin programmée, et la nier pour lui c'est comme s'aveugler sur soi, ne pas se comprendre et finalement ne pas être dans le désir... c'est plus subtil, évidemment! Je ne résume pas, je prends chez lui appui pour expliquer ce qui en moi résonne en tristesse, mais c'est confus sans doute.

Un enfant alourdi de maladies ne peut plus être un enfant, il devient un modèle d’acceptation, et je ne peux que souffrir pour l’enfant qui accepte sa douleur et qui accepte de ne vivre que par elle et qui subit l’insoutenable entouré de la légèreté du monde.

Une enfance.

Comme un refus du monde, et c’est peut-être lui qui a raison.

Le refus du monde.

Il faut être fort pour le vivre ce monde, pour le respirer sans s’étouffer de colère. Dès le berceau il n’est que frustrations successives, et quand on vous étrangle votre chien préféré parce qu’il a mordu un passant, vous savez que vous êtes dans l’horreur et qu’il faut serrer son petit cœur impuissant. S’insensibiliser, s’anesthésier pour ne pas être étranglé à son tour, c’est de la survie toute primaire. On apprend vite. Et on devient sourd, aveugle et on se tait.

L’enfant n’est pas plus respecté aujourd’hui qu’hier. On nous le fait croire, on pense qu’en bon parent on sait faire… Nenni ! On ne sait guère le faire, à quelques exceptions, ceux qui ont eu cette chance infinie d’avoir été considérés comme sujets, respectés dans leur fragilité et accompagnés dans leurs errements et leur souffrance.

Car elle est là dès la violence de l’enfantement.

Je pense à ces tribus qui savent accueillir celui qui naît comme un sage. L’éléphant le sait bien aussi, lui qui met tant de temps à voir le jour, et tant d’années à grandir entre ses pachydermes qui le veillent. L’éléphant et sans doute quelques autres grands mammifères qui craignaient moins que les autres les prédateurs, qui avaient moins peur de la vie peut-être.

Les hommes ont été tellement décimés par tant de prédateurs qu’ils ont trouvé des stratégies performantes de survie, et ils ont appris à tuer avec raffinement de plus en plus souvent et de plus en plus efficacement, ils sont arrivés à sortir de l’espèce mangée et devenir l’espèce qui mange, un omnivore cruel, car ils ont inventé aussi la vengeance, et dans la vengeance la torture, ce plaisir de faire mal.

Cette terreur atavique les habite tant, ils le prouvent constamment.

Alors refuser ce monde, c’est une décision sage.

Mais quand on serre son petit cœur pour poursuivre, on trimballe avec soi ce petit cœur fermé mais qui n’est pas pour autant sans colère, cris et pleurs.

Cette tristesse.


Bérénice: voir ici ce poème qui parle d'elle.

VASSE Denis: "le poids du réel, la souffrance".





January 22

de l'art.

J’ai commencé la série de conférences données par Castoriadis sur l’art : « fenêtre sur le chaos ». Le premier texte date de 1978. Comme j’ai un petit cerveau qui a parfois du mal à suivre, je suis obligée de souligner ce qui me paraît fort pour m’appesantir sur le propos. La première idée que je retiens est que nous sommes dans l’ère de l’insignifiance. Castoriadis refuse la décadence, car pour lui ce n’est qu’une phase, les hommes n’ont pas subi de mutations qui permettent d’utiliser ce mot. Il affirme que le problème de la culture ne peut exister sans la politique : « le problème politique est une composante de la question de la culture au sens le plus large ». Quant à la création culturelle, elle dépend des valeurs d’une société et de sa politique. Ce qu’il dit, je le déforme car je ne comprends pas tout, même si ses phrases ne sont pas à proprement parler compliquées, elles sont remplies d’une verve soutenue qui oblige à décortiquer le contenu, parce que ce contenu n’est justement pas du verbiage insignifiant. Il pose la question du projet d’une société autonome. Nous sommes ici, dans une philosophie sociale : « une société peut-elle vouloir être autonome pour être autonome ? Ou encore s’autogouverner, oui ; mais pour quoi faire ? » Et quelles sont les valeurs que pourrait réaliser une société autonome ? Et comment « évaluer » ces valeurs comme les meilleures ? Etc. Ouf ! Comment répondre ? Que répondre ? Quelles valeurs sont les miennes ? Sont-elles meilleures que celles des réducteurs de têtes ? Comme je l’écrivais tout à l’heure, nombreuses sont les questions qui restent suspendues et auxquelles, nous nous devons de réfléchir.

Castoriadis observe que les nouveaux comportements (en particulier chez les jeunes) annoncent de nouveaux modes de socialisation. Il pense que la destruction de la culture est largement en cours, que les « œuvres de l’esprit » sont transformées en musées. Il avance que les derniers grands moments de la création sont passés et s’arrêtent vers 1930. Et même en philosophie ou en sciences, les grandes découvertes de la physique se sont faites avant cette date. Aujourd’hui, on ne crée plus, on commente, on fait des commentaires de commentaires. De plus, la critique a été absorbée par le commerce. Les critiques ne critiquent plus, soit parce qu’ils vendent un produit, soit parce qu’ils auraient peur de se tromper pour la postérité, sachant que depuis que l’avant-garde existe, on ne sait jamais ! Et comme l’art doit absolument être « nouveau » (d’avant-garde), on se trouve actuellement dans une situation bouffonne, où seul l’artiste incompris, l’artiste « maudit » a une valeur. Et l’auteur de se demander ce qui meurt aujourd’hui ? D’abord « l’humus des valeurs »…  « Peut-il exister une culture dans une société qui ne croit en rien ? » On ne peut dissocier l’œuvre de l’histoire qui se forme et des valeurs que véhicule la tradition, donc même si l’œuvre remet en question ces valeurs, elle se construit par rapport à celles-la. « La littérature contemporaine ne fait que dire ce que nous vivons intensément. De plus meurt la relation entre une œuvre et son public. Aujourd’hui seuls quelques initiés comprennent (et apprécient ?) des œuvres hermétiques qui n’ont pas de public. D’où scission entre un public cultivé et le public populaire. Scission et incompréhension. Et quand on parle d’avant-garde, on parle d’avancée… mais « avancée » par rapport à quoi ? Beethoven était-il plus avancé que Bach ? Si l’art se suffit à lui-même, il s’autodétruit car il ne porte plus de tradition vivante. Il ne fait plus sens, il n’est que forme, quoique les formes aient tendance à disparaître aussi (toiles monochromes). Ce qui meurt aussi c’est « l’œuvre de culture », l’objet durable, destiné à participer à l’intemporel bien que ce soit une œuvre datée et inscrite dans une époque. Il y a de moins en moins d’œuvres et de plus en plus de produits, écrit Castoriadis.

Je ne sais pas. En ce qui concerne la France, peut-être. J’ai adoré « Vie et destin » de Grossman (Russie), j’ai aimé «le partage des eaux » de Carpentier (Cuba), je sais que ce ne sont pas des œuvres de toute jeunesse, mais je suis sûre d’y puiser de la littérature. Sans compter "cent ans de solitude" de Garcia Marquez et sans doute Borges, que je ne connais pas. L’œuvre n’est pas morte. Quant à la musique, je ne connais pas suffisamment, incapable que je suis de m’initier aux nouveaux concepts, déjà le jazz que joue mon fils m’est difficile, bien que je m’habitue et qu’aujourd’hui je suis plus réceptive. Pour la peinture… ma foi ! Les toiles monochromes et autres nouveautés sans intérêt, je n’y prête guère d’attention. Je m’ennuie. Parfois, quand je me promène au musée, je ne reste pas indifférente à certains vagabondages, à condition que je sois avec des amis pour délirer sur nos interprétations. Nous avons ainsi passé un excellent moment à Marseille avec Marie-Françoise, sa tante et sa nièce, à s’inventer des mondes et nous avons beaucoup ri. Ce plaisir-là, je ne le boude jamais. Mais je préfère ce qui m’émeut. Castoriadis l’écrit, l’art ne se contentera jamais du cérébral, il se joue avec les affects. Ainsi, les peintures grises, vertes et blanches, œuvres éphémères de Gao Xingjian (prix Nobel de littérature), exposées à la Charité de Marseille, il y a quelques années en arrière, furent pour moi un ravissement. Avec mon amie, nous sommes restées très impressionnées par ce parcours pictural. On en parle encore. Ce n’était que grâce et beauté. Tous ces verts fondus dans des gris, nous apportaient légèreté et réflexion. Des ailes, des monts, de la poésie, des traces informelles et immortelles. Et sachant que ces grands dessins n’étaient surtout pas faits pour la postérité, nous en étions abasourdies. Peut-être, est-ce pourquoi nous avons flâné si longtemps à nous emplir les yeux de toute cette lumière sombre.


Et puis l'éphémère me touche, parce qu'il touche à la mort, celle de l'œuvre et celle du corps: savoir que l'œuvre ne sera visible ou audible ou lisible qu'un temps limité dédouane de toute postérité... ce qui ne veut pas dire qu'elle n'en aura pas, mais celui qui travaille ainsi méprise un avenir qu'il ne vivra pas, et son art avec lui disparaîtra. C'est cela être dans l'éphémère et peut-être est-ce une force.



    


January 03

on peut toujours rêver.

Je reviens sur certaines émissions de là-bas si j'y suis, l'actualité veut que la Palestine soit l'enfer sur terre aujourd'hui, Gaza en particulier. Alors je fouille sur là-bas.org et je trouve cette vieille émission avec Eric Hazan et« notes sur l’occupation ». (novembre 2006). J’entends sa voix de jeune homme, une voix passionnée qui donne, malgré un débit rapide, à écouter.  On est dans cette voix et on est dans les images, à Naplouse, Hébron, Kakilya. On les regarde ces résistants, cette misère qu’on leur impose ; on le touche ce mur qui se dresse sur leurs terres ; on la palpe cette entraide, cette solidarité obligatoire qui empêche de crever. Et avec humour il nous conte sa rencontre avec le Hamas. Des gens très sérieux qui vous reçoivent à l’heure alors que là-bas, ce n’est pas tout à fait la coutume et qui vous disent comment ils survivent, comment ils obligent la population qui possède un peu à prêter à celui qui n’a plus rien. Et Naplouse, une ville fermée sur elle-même comme un camp. Et qui vit sans police, elle est inutile. Surtout ce mur qui tortille sur la ligne verte et ne va pas droit afin d’enserrer les colonies, ce n’est plus un mur, c’est un emmaillotage. Certaines réactions sur le répondeur de Daniel Mermet furent violentes. Quelqu’un a invité à venir recevoir les roquettes permanentes du Hezbollah. Une autre a compris qu’il fallait supprimer Israël. On n’entend bien que ce qui nous fâche. Je suis souvent sidérée par les propos des auditeurs. Je sais bien que l’équipe de là-bas fait ses choix, et qu’ils sont volontairement provocateurs, mais ces appels existent, et m’enlisent souvent dans ce pessimisme désespéré quant au devenir de l’humanité. Mais je me remets à rêver quand j’entends des intelligences tenir d’autres discours, ceux d’un avenir plus partageur.  Oui, on peut toujours rêver.

C’est ce rêve que je tente un tant soit peu d’animer avec les élèves. A quoi ça sert la poésie ? Ben, à rien. Et ce rien c’est quoi ? Qui ne ressent rien à écouter sa musique préférée, une chanson ? à s’enflammer pour un film ? Etc. De l’émotion . D’abord c’est quoi une émotion ? Ça vous prend où ? Pourquoi ? Ils l’ont compris parfois que ça ne servait pas à « rien », ou alors ce « rien » c’était cette petite lueur qui permettait de sourire, de rire, de rêver, de comprendre aussi. Et puis Rimbaud, le poète aux semelles de vent. A 17 ans, il n’était pas sérieux et écrivait de la poésie. Il écrivait « le dormeur du val » avec ses métaphores lumineuses. La lumière pleut. Le petit val qui mousse de rayons. Le plan d’ensemble du trou de verdure qui se termine en très gros plan sur deux trous rouges. Un moment de bonheur tout simplement. Je me souviens de Semprun qui évoquait le camp allemand où il avait fini la guerre, il écrit que grâce à la poésie que chacun cherchait en sa mémoire, il survécut. Ces vers, ils sont allés les puiser sur les vieux bancs de l’école pour sauver en eux le peu d’humanité qui ne pouvait être écrasé par la botte nazie.

En espérant que les générations futures sachent retrouver en eux assez de poésie pour échapper à la sauvagerie de l'espèce.






November 02

aimer et ne pas comprendre, c'est peut-être ça la foi.

Je voudrais comprendre. Elle était si prompte à apprendre, désireuse de toujours aller plus loin, d’avaler la connaissance, de stimuler le cognitif. Le Liban est passé par là, et quatre mois d’enferment chez ses parents, avec leur petite vie étriquée, leurs belles voitures, leur maison. Quatre mois sans pouvoir communiquer vraiment et se battre avec eux, ne pas accepter qu’il ne l’accepte pas telle qu’elle est, se heurter à leur incapacité à la comprendre, à l’admirer aussi je crois. Une lutte qui finit souvent par des larmes et des cris et du malheur plein sa chambre. Elle est là, différente, ou peut-être a-t-elle toujours été ainsi, ou peut-être ai-je changé, ou peut-être la vie.


Je voudrais comprendre, ce qui, malgré sa dépression, la guide dans une foi naïve et superstitieuse, mais pas seulement ça, pourquoi elle est devenue incapable d’écouter les arguments des autres, et toute monolithique, comme un bloc de certitudes.


Je comprends un peu. Elle se protège. Cette fragilité ne peut soutenir des débats qui la dépassent, ou qui remettraient trop en cause les bases sur lesquelles repose ses certitudes, parce que ce n’est pas sa foi religieuse dont il s’agit mais de toute l’architecture qu’elle s’est forgée pour subsister et son esprit critique, toute sa lucidité, s’en est allé dans des caves obscures et profondes.

Je comprends sa foi. Je n’ai jamais été intolérante de ce côté, moi-même oscillant entre l’athéisme et l’agnotisme. J’aime les esprits critiques, ceux qui ont la foi malgré tout, ceux qui lisent les textes sacrés comme des textes littéraires parce qu’écrits par des hommes, ceux qui vivent leur foi sans s’encombrer des inepties rituelles et des diktats papaux imbéciles, ceux qui jamais ne se laisseront prendre par les miracles et autres superstitions et qui, s’ils acceptent la naïveté des croyants, jamais n’adhèreront à la marchandisation de ces lieux.

Je lui dis : Jésus a chassé les marchands du temple. Elle répond : j’ai dépassé tout ça, tu ne peux pas comprendre.

Je ne peux pas comprendre est l’argument infaillible.

Le débat est clos.


Pourtant j’essaie de comprendre. Je vais marcher dans mes sentiers habituels pour apaiser la colère qui monte en moi, car il s’agit de colère. Non contre elle, contre mon inaptitude à l’accepter avec ce qu’elle apporte. Je souffre de voir cette fille pleine de vie s’enfermer dans ce que je ne peux appeler qu’un carcan. Qu’est ce qui me blesse le plus ? Qu’elle ne soit plus capable d’écouter les autres, qu’elle soit devenue imperméable à l’échange, la confrontation, l’enrichissement personnel par la connaissance. Suis-je en colère parce qu’elle m’a dit que les livres ce n’était pas de l’action qu’il fallait arrêter avec les livres, qu’elle ne voulait plus lire, qu’elle ne voulait plus apprendre, qu’il fallait agir ?

C'est-à-dire prier.

Les livres : ce n’est pas l’action.


Je rumine.

Sur le chemin du retour, je m’apaise. Je ne veux plus débattre avec elle. La paix est à ce prix.

Je ne parle plus que de petits riens. Et je file à mes livres.

 

 

September 21

la voleuse de livres.

 

Chut ! Je lis la voleuse de livres de Markus Zusak… chut ! la narratrice est la Mort, vous savez celle qui se préoccupe des humains, qui n’a de cesse de les saisir et ne dit jamais où elle les emporte.

Cette enfant-là, elle la croise trois fois, et trois fois elle lui échappe. Alors peut-être parce qu’elle lui échappe elle nous invite à la regarder vivre dans cette Allemagne nazie, pas très loin de Munich avec Hans et Rosa, sa famille d’accueil, des gens comme on les aime. Liesel qui a vu son petit frère mourir dans le train, a volé son premier livre au cimetière. Hans qui la console de ses cauchemars va lire avec elle dans le sous-sol de la maison le premier livre volé : « le manuel du parfait fossoyeur ».

Chut ! ce n’est pas ce que vous croyez, ce n’est pas vraiment triste, juste un peu parce que la Mort a beaucoup de travail dans cette Europe à feu et à sang, dans les camps, à Stalingrad aussi. Mais Liesel est une enfant vivante, très vivante qui joue au foot avec son ami Rudy, qui est capable de mettre une trempe à un imbécile qui se moque d’elle car elle lit si mal, qui travaille aux côtés de Rosa, cette mère bourrue qui gronde et jure à tout instant mais qui sait si bien l’aimer. Et Liesel va rencontrer Max, le jeune juif de vingt ans qui sera caché dans le sous-sol et qui va dessiner et écrire pour elle.

 

C’est comme un conte qu’entend l’enfant en moi. J’ai parfois l’impression de me retrouver dans un billet de Quichottine, on me prend la main et je me laisse conduire tranquillement, on me prend les yeux, et je regarde assidument, on me prend les oreilles, et j’écoute avec application.

Emerveillée, tout à fait comme l’enfant que j’étais et qui lisait le bon petit diable. La révolte qui secoue mon cœur, et le rire parfois. La misère n’est jamais pathétique, elle est là, sévère parce que Rudy a toujours faim, pourtant elle n’empêche pas les bêtises ni les jeux. Rudy, qui s’était pris pour Owen, une fois ,juste après le jeux olympiques de Berlin quand ce grand noir a eu tant de médailles, c’est l’ami inséparable de Liesel, il l’a adoptée d’emblée, et il l’aime et veut un baiser.

Je dis émerveillée, mais aussi secouée : Liesel est la secoueuse de mots (c’est Max qui le lui écrit), elle vole les livres à la femme du maire (mais la femme du maire fait tout pour qu’elle les prenne, chut, c’est un secret), et lit à tout le monde dans les abris pendant les bombardements pour éradiquer la peur. Mais elle leur en veut aussi car ils ne suffisent pas à dire le manque de Max, de son père adoptif qu’on expédie à la guerre parce qu’il a voulu donner du pain à un vieux juif un jour qui se rendait à Dachau avec tous les autres, Hans n’a pas supporté sa faiblesse. Il est comme ça Hansi, un humain.

Et la Mort si elle raconte tout ça, c’est qu’elle a eu la chance d’emporter le livre que Liesel avait écrit dans le sous-sol de sa maison adoptive chez Rosa et Hans, ce journal. La Mort l’avoue, elle est hantée par les humains.

August 30

L'absurdité économique.

J’ai terminé un petit livre indispensable…. Vraiment ! depuis le temps qu’on nous embobine avec l’économie, je trouve que Bernard Maris a fait œuvre charitable avec sa « lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles ». Qui est ce Bernard Maris ? un économiste, et bien oui ! un prof à Paris VIII, auteur de plusieurs ouvrages, spécialiste de Keynes apparemment. En bref pas le premier ignare venu en économie. Et la publication date de 1999, et personne n’en parle jamais ! Comprends pas. Ou plutôt si, je comprends fort bien, c’est une pensée à ne pas diffuser. Surtout pas, si on devenait trop connaisseur en économie, ça empêcherait les politiques et surtout les capitalistes à continuer leurs petites magouilles. Et Maris ne se gêne pas pour les déconstruire et avec un humour au karcher pour employer un terme galvaudé. On rit beaucoup à le lire et en même temps on rouspète pour toutes les embrouilles dont nous sommes victimes par ignorance.

Que nous apprend-il ? ou que nous confirme-t-il ?


Simplement que la science économique n’est absolument pas une science expérimentale, qu’elle est au même niveau que la sociologie ou la psychologie, et que toutes les théories basées sur d’énormes équations ne sont que des casse-têtes chinois avec lesquels font joujou les plus grands. Comment ça joujou ?

Leur prix Nobel encaissé, les papes de l’économie reconnaissent que leur théorie est indémontrable, inapplicable, et qu’elle ne mène nulle part. Depuis Keynes, certains économistes ont tenté de prouver la théorie de l’équilibre entre l’offre et la demande, justifiant ainsi le capitalisme qui comme chacun le sait a enrichi quelques-uns et appauvrit le plus grand nombre. Maris avance des noms, évidemment, et dénonce, sous le sarcasme salutaire, ceux qui ont mis le système cul par terre comme Merton et Scholes qui s’appuyant sur la théorie de Walras (un prix Nobel qui apparemment aurait tout faux) ont été les plus grands inventeurs de la finance avec les options. J’ai appris que l’option, c’est génial, on promet d’acheter une action en versant une somme dérisoire, et si un mois plus tard l’action a grimpé, on a tout gagné. Je ne suis pas très claire, hein ! Alors je reprends son exemple : « Je dis à un vendeur que j’achète une option France Télécom dans un mois au pris de 100€, je paie aujourd’hui 10€. Si dans un mois l’action fait plus de 110€, j’ai gagné, je lève l’option, sinon j’abandonne. » C’est ce qu’on appelle spéculer sur du vent, puisqu’on joue sur des valeurs (actions) de n’importe quel actif, sans avoir d’actions.

Le problème c’est qu’ils vont fonder avec cette méthode la LTCM (Long Term Capital Management) et engranger des milliards de dollars d’options à long terme, les clients sont les banques confiantes de la théorie avec risque nul des deux nobélisés… et comme les marchés sont aléatoires et comportent forcément des risques… ce fut le krach de 1987.

Savez-vous qui paya l’addition des faillites bancaires…. Les Etats, bien entendu, les citoyens. Nous. Tiens, ça me rappelle le crédit lyonnais…  Voilà à peu près le système que dénonce Maris, et Morton et Shcoles ne sont qu’un exemple, Maris parle aussi du FMI et de sa politique désastreuse, des mafias russes ou boliviennes, etc. et surtout des experts en économie, vous savez, ceux qui ne sont pas économistes pour deux sous mais qui sont les intégristes des théories et qui vont nous les scander, et surtout les scander aux gouverneurs, aux ministres des finances, à la Banque mondiale (Trichet est un des pires intégristes que l’Europe s’est choisi)… Ces experts, fonctionnaires indéboulonnables, sont souvent des donneurs de leçons. Eux qui ont gardé leur poste au plus noir de l’occupation, s’appliquant à fournir aux nazis, les produits de notre pays. Et toc !

 

Je ne vais pas raconter tout le livre, le mieux est de l’avoir sous la main, mais je ne peux m’empêcher de le citer une dernière fois :

« qu’est-ce que la pensée économique, sinon la rhétorique réactionnaire la plus plate et la plus éculée… les pauvres sont responsables de leur pauvreté, les pauvres sont des assistés, les pauvres sont des privilégiés, les lois sur les pauvres créent les pauvres qu’elles prétendent aider, etc.  … »

Et de conclure que les lois du marché sont les lois du plus fort… une bonne dictature imposée sans élection, l’économie engendre des idéologies : le capitalisme comme le marxisme. Mais il faut reconnaître que le capitalisme est celle qui enrichit un petit nombre (une dizaine de milliardaires dont la fortune équivaut au PIB des cinquante pays les plus pauvres) au détriment d’une énorme majorité.

 



 
Crise financière : Entretient avec Bernard Maris
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